Voici le compte-rendu de la première sortie du stage de botanique que j’ai suivi avec la Garance Voyageuse à Saint Lary-Soulan, en ce début Juillet 2026.
Au pied du Pic de Néouvielle, à 2160m d’altitude, dans un décor magnifique, nous avons suivi sur 500 m, à plat (!), le chemin qui surplombe le lac. L’inventaire des espèces rencontrées est plutôt riche: malgré l’altitude modeste, et sans effort excessif (c’est le moins que l’on puisse dire), nous avons pu observer une grande diversité d’espèces.
Le site s’y prête bien d’une part grâce à la diversité des biotopes: sur un sol siliceux donc acide, pelouses sèches ou au contraire très humides, succèdent aux rocailles et aux éboulis à peine déneigés. En particulier nous avons pu observer des espèces qui ne croissent en principe que beaucoup plus haut. Celles-ci ont sans doute été transportées jusqu’ici par les avalanches.
Presque toutes les plantes vues ont été identifiées par notre éminent accompagnateur de la Garance voyageuse, Alain Guichard, qui nous a également dispensés de nombreux tips d’identification que je me suis permise de retranscrire ici.
De temps en temps j’ai aussi pris en photo quelques plantes omises par le groupe (il y en avait tellement). Et parfois aussi, baguenaudant de ci de là, j’ai pu en omettre certaines…
Ceci pour dire que les éventuelles erreurs d’identification que l’on trouvera ci-après me sont uniquement imputables!


Apiaceae
Le fenouil des Alpes, Meum athamanticum est une plante aromatique d’altitude reconnaissable à des feuilles très très finement découpées.



Asteraceae
L’antennaire dioïque ou pied de chat, Antennaria dioica est une petite plante cotonneuse proche de l’edelweiss. C’est une plante médicinale utilisée pour le traitement des bronchites. En fin de floraison ici, un peu cassée, la photo ne lui rend malheureusement pas du tout justice !


Epatant de trouver du génépi en ayant gravi… 0 m de dénivelée! Artemisia eriantha, le génépi laineux, est un des deux génépis présents dans les Pyrénées avec umbelliformis. Il est reconnaissable à ses feuilles couvertes de poils blanc argenté.



Le beau chardon fausse carline, Carduus carlinoides, est une plante endémique des Pyrénées. Le genre Carduus se distingue du genre Cirsium par ses aigrettes non plumeuses (sortir la loupe!).





Le doronic à grandes fleurs, Doronicum grandiflorum est très spectaculaire avec ses touffes denses de grands capitules tout jaunes.



La vergerette uniflore, Erigeron uniflorus est ainsi nommée parce que les capitules sont solitaires au sommet de la tige. C’est une plante de montagne. Ici il s’agit probablement de la sous-espèce subsp. aragonensis, pyrénéenne, aux feuilles plus allongées.



J’ai tenté l’identification de cette plante sur photo… Pour le genre Hieracium / Pilosella (épervière / piloselle) d’après Flora Gallica:
- Bractées involucrales non nettement sur 2 rangs OK
- Akènes à apex entier surmontés d’un pappus formé de soies lisses, sans pièce intermédiaire rétrécie (bec) OK
- Et… pour distinguer entre Hieracium et Pilosella, il faudrait observer le bord supérieur de l’akène: crénelé pour Pilosella et surmonté d’un bourrelet pour Hieracium… forfait pour ma part, ma photo étant beaucoup trop floue, et avec des akènes loin d’être à maturité !
A priori on est donc sur une épervière… ou une piloselle. Les genres sont assez complexes. Il faut la loupe binoculaire, plusieurs échantillons, pas mal de patience et d’expérience… Ici notre accompagnateur l’a identifiée pour Pilosella officinarum, hop, vendu! D’ailleurs elle a bien la même bobine que Hieracium pilosella observée à Tanlay en 2020, mais une épervière piloselle qui aurait pris beaucoup de fortifiants…




La (fausse) marguerite des Alpes, Leucanthemopsis alpina est une petite marguerite à feuilles très petites et épaisses, pennatifides à segments peu nombreux. On la trouve dans les Alpes et dans les Pyrénées.




Le séneçon des Pyrénées, Senecio pyrenaicus, arbore de grands (pour un séneçon) capitules jaunes et de grandes feuilles à dents cartilagineuses.



Brassicaceae
Coincya monensis subsp. cheiranthos, le chou giroflée ou chou de Mona, se rencontre un peu partout en France mais plus souvent en montagne, où il aime les éboulis et les rocailles. Ses feuilles sont très découpées en lobes dentés.





Il y avait une autre Brassicacée à fleurs jaunes, Sisymbrium austriacum, mais je l’ai omise dans mon reportage photo.
Campanulaceae
Les corolles de la raiponce sont d’abord soudées en tube courbé, rappelant un long bec d’oiseau, puis s’ouvrent progressivement par le bas, donnant l’impression d’une sorte de cage… à oiseau… Flora Gallica, bien trop sérieuse, ne mentionne pas ce détail, mais la très ancienne flore de Coste décrit ce mode d’ouverture original. Cette petite raiponce aux fleurs d’un bleu intense s’appelle Phyteuma hemisphaericum, la raiponce hémisphérique.



Dans les Campanulacées à fleurs groupées en têtes denses (et bleues, dans notre cas), la Jasione a des stigmates courts, tandis que ceux de la Raiponce sont longs et souvent enroulés. Ici Jasione crispa, la Jasione crépue.



Caryophyllaceae
Cette petite plante discrète est un silène, plus précisément Atocion rupestris, le silène des rochers. On distingue bien les 3 styles sur une photo de fleur, et les sépales soudés sur l’autre photo.



Les Caryophyllacées ont « en général » 10 étamines, sauf quand elles en ont 5, ce qui est le cas de la Paronyque. Celle-ci avait d’ailleurs autrefois le droit à sa propre famille, les… Paronichiées… Bon ce n’est pas plus mal que cette famille ait disparu finalement. Paronichia kapela, la Paronyque de Kapel ou Paronyque imbriquée. Admirons ses délicates « corolles » (en fait des bractées) translucides.



Le Silène acaule, avec son port en coussin, est une plante typique d’altitude. Ici les feuilles vraiment très petites me font penser à la sous-espèce bryoides (ou exscapa?), le silène fausse mousse, qui préfère aussi les sols siliceux. Silene acaulis subsp. bryoides donc.




Crassulaceae
Comme à chaque fois la Joubarbe attire le regard. Franchement quelle frimeuse cette joubarbe (« barbe de Jupiter », s’il vous plaît!) avec tous ses pétales d’un rose intense! Sempervivum montanum, la joubarbe des montagnes.



Ericaceae
Franchement toute seule je serais passée à côté de celle-ci sans la voir. La camarine noire, Empetrum nigrum subsp. hermaphroditum, a des baies rouges, puis noires, comestibles.


On ne présente plus le Rhododendron ferrugineux, Rhododendron ferrugineum.

Fabaceae
J’ai déjà rencontré Anthyllis vulneraria à Vallouise (Hautes-Alpes) et à … saint Malo! D’un côté c’est une plante en principe relativement facile à reconnaître avec ses groupes de fleurs au calice ventru et velu… De l’autre comme elle est très polymorphe, on est à chaque fois surpris(e). Ici je penche pour susp. Boscii, l’anthyllide de Bosc pour ses fleurs plutôt roses. Mais je peux me tromper. On m’y reprendra à plonger dans la jungle des sous-espèces… Anthyllis vulneraria subsp. Boscii.



J’ai déjà montré Trifolium montanum et T. alpestre dans ce blog, voici maintenant Trifolium alpinum ! Ne pas confondre… Alpinum a de grandes (pour un trèfle) fleurs roses. On l’appelle aussi réglisse des montagnes pour le goût de la racine (je n’ai pas testé).
Petit « tip » d’identification des Fabacées à feuilles trilobées (mélilot, luzerne, trèfle): le trèfle des stipules soudées, ici bien visibles sur la photo.


Ici un… trèfle, peut-être Trifolium repens qui a réagit au piétinement en développant ces tiges quasi-ligneuses incrustées dans la roche. J’aurais bien mis une pièce sur T. pallescens mais celui-ci n’est censé être présent que dans les Pyrénées Orientales. Trifolium sp. donc.



Gentianaceae
Voici la jolie petite gentiane des neiges, Gentiana nivalis. Sa tige est fine et ramifiée et les angles du calice sont bien marqués mais non ou à peine ailés.


Lamiaceae
La bugle pyramidale, Ajuga pyramidalis, très reconnaissable à son look structuré et ses feuilles d’un beau pourpre.


Ce petit thym à toutes petites fleurs et toutes petites feuilles s’appelle Thymus nervosus, le thym à nervures saillantes.


Lentibulariaceae
Dans les parties humides de la balade, nous avons pu admirer de belles grassettes à grandes fleurs, Pinguicula grandiflora, une plante carnivore. Les insectes doivent pouvoir trouver du nectar dans les fleurs pourvues d’un éperon, par contre ceux qui s’aventurent sur les feuilles gluantes sont promis à un sort funeste.




Comme on est dans la zone humide, remplie de grenouilles, profitons-en pour un petit détour par la faune. Je ne me hasarderai pas à donner des noms d’espèces. Ici on restera sur « grenouille » et « papillon »!


Onagraceae
Cet épilobe à feuilles opposées et à stigmate nettement en croix serait pour moi l’épilobe de Durieu, Epilobium duriaei. Un petit détail qui chiffonne, sur la photo, la présence de stolons n’est pas évidente…



Ophioglossaceae
Le botryche lunaire, Botrychium lunaria, est une plante un peu mythique pour moi, c’est une toute petite fougère pas si rare, mais difficile à observer de par sa petite taille. Donc je suis bien contente de l’avoir enfin rencontrée. Par contre elle poussait à flanc de ravin, du coup la photo n’est pas terrible. Mais n’ayant pas pris de risques inconsidérés, je peux encore en parler, ce qui fait un autre motif de satisfaction.

Orchidaceae
Chic une orchidée! Bon c’est Dactylorhiza maculata, un classique… Elle aime les sols plutôt humides.




Orobanchaceae
Nous avons rencontré plusieurs Orobanchaceae, une famille de plantes toutes plus ou moins parasites. J’en profite pour mentionner l’excellent blog Zoom nature, qui a un article très détaillé sur cette étonnante famille, son évolution et sa classification.
La bartsie alpine, Bartsia alpina, est reconnaissable à la couleur pourpre foncé de ses feuilles supérieures et de ses fleurs, très similaire à celle de la bugle pyramidale.


La pédiculaire verticillée, Pedicularis verticillata est ainsi nommée pour ses feuilles verticillées par 3.



Et enfin la rhinanthe crête de coq, Rhinantus alectorolophus, une grande habituée des pelouses de montagne, déjà vue dans les Hautes Alpes.

Pinaceae
Essence emblématique des forêts de montagne, le pin à crochets Pinus uncinata apprécie les sols acides et conquiert les pentes les plus abruptes. Il est utilisé pour le reboisement et la lutte contre l’érosion.



Plantaginaceae
En général les corolles de la linaire alpine, Linaria alpina, sont tachées d’orange à la gorge, ce qui les rend très caractéristiques. Ici celle-ci se distingue en étant uniformément bleue.

J’avais déjà immortalisé les épis du plantain des Alpes, Plantago alpina, lors de la montée au Grand Aréa, dans les Hautes Alpes. Cette fois j’ai une jolie photo de ses feuilles étroites.

Ce n’était pas forcément la peine de venir jusque là pour photographier du plantain lancéolé, Plantago lanceolata, mais bon comme ça on peut comparer la forme des feuilles avec le cousin des Alpes (enfin des Pyrénées en l’occurrence).


Plus intéressante, la véronique buissonnante, Veronica fruticans. Un peu passée ici, on la reconnaît au liséré rouge au centre de la corolle et au fait que la tige est un peu ligneuse à la base (détail non visible sur la photo).


Nous avons eu la chance d’observer une autre belle véronique, endémique des Pyrénées celle-ci, la véronique de Gouan, Veronica ponae. Cette véronique de bonne taille (pour une véronique) aime les sols humides. Ses fleurs sont en grappe terminale, ses sépales un peu rouges.


Plumbaginaceae
L’armérie des Alpes, Armeria alpina est une habituée des pelouses d’altitude et des éboulis. J’ai fait juste une photo car je l’ai déjà rencontrée dans les Hautes Alpes, toujours au Grand Area. Cet individu me paraît toutefois arborer un capitule plus « fourni » que celui observé en 2023…

Polygalaceae
Un jour peut-être je trouverai un autre polygala que Polygala vulgaris, mais pas encore cette fois-ci manifestement… Toujours aussi joli.




Primulaceae
Celle-ci par contre, je suis bien contente de l’avoir enfin vue en vrai! La soldanelle des Alpes, Soldanella alpina est une plante emblématique de la montagne. Elle apparaît dès la fonte des neiges. Nous l’avons observée à proximité d’un névé. Elle est toute petite et c’était difficile de trouver un angle pour prendre en photo l’intérieur de la corolle!


Ranunculaceae
Cette belle anémone d’un blanc pur est l’anémone à feuilles de narcisse, Anemone narcissifolia. Le genre Anemone, au sein des Renonculacées, se distingue du genre Renoncule par l’absence de calice.



Voici assurément le point culminant de cette balade, la pièce maîtresse, un vrai bijou, ma chouchoute: ne dirait-on pas que c’est le rocher qui a fleuri? La pulsatille printanière, Anemone vernalis, arbore de grandes corolles couvertes de longs poils soyeux. Comme la soldanelle elle fleurit juste après la fonte des neiges. Ici la neige a bien sûr disparu en grande partie, mais il reste des névés en train de fondre, ce qui nous donne la chance de voir ces espèces printanières au mois de juillet.


Cette renoncule trapue et velue, aux pétales disparus, tombés ou dévorés par des insectes, pourrait bien être Ranunculus gouanii, la renoncule de Gouan. Si oui c’est une renoncule endémique des Pyrénées. Ses feuilles supérieures un peu embrassantes et peu profondément découpées me confortent dans ce choix d’identification.



Resedaceae
Voici un genre que je ne connaissais pas du tout, l’Asterocarpe, ici nous avons l’asterocarpe nain, Sesamoides pygmaea.



Rosaceae
Le genre Alchemilla est complexe et contient de nombreux taxons d’après F. Le Driant (cf. « Plantes de montagne » ed. Biotope). Ici avec des feuilles pennatiséquées au lobe médian peu profondément denté, on est sur la section « Alpina ».
On peut en rester à Alchemilla alpina, ou bien, considérant que les feuilles sont d’un vert luisant sur le dessus et soyeuses-argentées dessous, avec des dents très petites et conniventes au sommet, opter pour Alchemilla saxatilis. Celle-ci a d’ailleurs le bon esprit d’apprécier les sols granitiques.



Même feuilles que l’alchémille, mais pas du tout la même fleur! Les alchémilles ont de petites fleurs verdâtres à 4 pétales. Ici on est sur une potentille, la potentille… fausse-alchémille, Potentilla alchemilloides ! C’est une endémique des Pyrénées.




Cette potentille toute poilue à fleurs jaunâtres est la potentille des neiges, Potentilla nivalis. C’est plutôt une plante de substrat calcaire comme quoi rien n’est sûr dans ce domaine. La photo de droite montre la feuille stipulée, un critère qui permet de distinguer les Rosacées des Renonculacées.



Saxifragaceae
Ce délicat « Saxifrage » a des feuilles toutes en rosette à la base, ce qui permet de déduire qu’il s’agit en fait du genre Micranthes. Micranthes stellaris, la saxifrage (!) étoilée.
D’après l’IA de Google (🙄) saxifrage est officiellement du genre féminin, mais l’usage du masculin est aussi très répandu🤨 . En utilisant les deux, j’évite de faire pencher la balance😃.


Ici je penche pour Saxifraga intricata, la saxifrage intriquée, pour son port très bas, ses feuilles trifides couvertes de poils glanduleux, ses fleurs à pédicelles plus longs que la fleur… et pour le fait qu’on ne la trouve que dans les Pyrénées! Je n’ai pas été très attentive pour les saxifrages…



Violaceae
Cette violette irait bien dans Viola canina subsp. ruppii, la violette de Rupp, pour ses grandes stipules, sa corolle d’un bleu pâle et son éperon recourbé. Mais on n’est pas censé la trouver dans les Pyrénées! C’est bien embêtant… Donc Viola sp. en attendant d’autres informations. Nous resterons sur cette note d’incertitude.



Voilà c’était une bien belle herborisation, riche en découvertes et en émerveillement! Et ce n’est que la première, il y en a eu cinq au total lors de ce stage. A bientôt j’espère!
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Récapitulatif exhaustif de cette belle journée et informations botaniques très intéressantes ! Merci beaucoup, Françoise pour cette page très utile !
Merci, chère Françoise, pour ces Grandes Heures de Françoise ! Avec même un papillon comme dans les enluminures. Bisous Claire
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Je médite un article où je mettrais en parallèle les enluminures des grandes heures d’Anne de Bretagne avec des photos des mêmes plantes de ma collection. J’en ai déjà pas mal 🙂
Géééénial ! 👍 Veux-tu que je t’envoie le livre que j’ai sur les Grandes Heures ? Bises Claire
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Je veux bien les références du livre en question je pourrai peut-être le trouver d’occasion