Campagne en Périgord 25 Juillet 2020

Herborisation intensive autour de notre petit coin de vacances idyllique. 21 espèces inventoriées en une heure, le bonheur.

Vous prendrez bien une petite chicorée? Impossible de confondre cette jolie Asteraceae, Cichorium Intybus, avec une autre, mais à une condition toutefois: l’observer au moment où ses capitules bleus sont bien épanouis, donc en début de matinée. Sous l’effet de la chaleur, ils se referment et alors la plante change totalement d’aspect.

Le gaillet vrai, Galium verum, a beaucoup de charme avec ses panaches de fleurs jaunes. On l’appelle aussi le « caille-lait jaune ». Pourquoi celui-ci est-il le « vrai » gaillet, ce qui doit faire rager la foule des autres gaillets? Mystère, d’autant que l’identification du genre est assez facile en général: feuilles verticillées par 4 ou plus, fleurs minuscules et souvent très nombreuses, en forme de d’étoile, mais ensuite la recherche de l’espèce peut s’avérer plus délicate. Famille des Rubiaceae.

Lathyrus pratensis, ou gesse des prés, est une Fabaceae, la famille des pois. Le genre Lathyrus se caractérise par ses feuilles à une seule paire de foliole (contrairement au trèfle qui en trois), la troisième étant en fait transformée en une vrille, qui permet à la plante de grimper.

Que serait une séance d’herborisation sans une Asteraceae à fleurs ligulées jaunes? Certains botanistes les haïssent et les fuient. J’ai longtemps pratiqué cette politique de l’évitement. Il faut dire qu’il y en a des centaines, qu’elles se ressemblent toutes, et que les critères pour les reconnaître sont souvent ésotériques. Pour celle-ci, Crepis setosa, la crépide hérissée, on s’intéressera aux informations suivantes d’après la flore de Coste (le fait que les fleurs soient toutes ligulées et jaunes n’étant évidemment d’aucune aide):

  • capitules médiocres portés sur de longs pédoncules dressés, hispides à soies jaunâtres, raides, étalées, non glanduleuses qui couvrent les folioles linéaires-lancéolées de l’involucre
  • akènes hispidules égalant à peu près le bec
  • aigrette blanche, dépassant peu l’involucre à la maturité

Bon au final elle est quand même assez moche – on notera que « hispide » signifie en fait « poilu »! – mais les photos la mettent bien en valeur!

Voici le gaillet nain, Galium pumilum (Rubiaceae). Déjà cité dans le blog et déjà dans le Périgord, mais l’observation est en fait antérieure, car je publie dans un ordre dicté par ma seule fantaisie.

La mauve des bois, Malva sylvestris, est une belle fleur rose aux pétales veinés de pourpre. La famille des Malvaceae est reconnaissable au « pilier central » formé par les styles et les étamines. Cette disposition des organes mâles et femelles favorise la pollinisation croisée par les insectes, et donc le brassage des gènes. La Mauve est une plante médicinale, utile pour les inflammations des voies respiratoires et digestives. Elle est également comestible. Bref, utile et belle, elle a beaucoup de qualités!

Le Torilis japonica, ou faux-cerfeuil, semble être une plante répandue partout en France, malgré son nom faussement exotique. Les feuilles sont bipennatiséquées ce qui signifie qu’elles sont deux fois profondément découpées. Si vous voyez les feuilles du cerfeuil ou du persil plat, voilà c’est ça. L’inflorescence en ombelle est commune à toutes les plantes de la famille des Apiaceae, ce qui fait un paquet. Il est indispensable de pouvoir observer les fruits. Ici ils sont petits, ovoïdes et couverts d’aiguillons, ce qui est aussi le cas de bon nombre d’Apiacae, mais en élimine quand même pas mal!

La brunelle commune, Prunella vulgaris est une jolie Lamiaceae très répandue sur les pelouses ouvertes. Les fleurs sont groupées en tête dense au sommet de la tige. Elles sont très nettement à deux lèvres comme une bouche ouverte, d’où l’ancien nom de la famille, les « labiées ». Je n’avais jamais fait attention à la ligne de poils qui forme une crête sur la lèvre supérieure. Les descriptions ne mentionnent pas cette caractéristique, pourtant on la voit sur beaucoup de photos.

La vipérine, Echium vulgare, a des fleurs dont la couleur évolue suivant le degré de maturité, passant du rose au bleu. Ces photos ne sont pas spécialement réussies, le spécimen était sans doute un peu passé. C’est une plante très courante dans les milieux perturbés comme les friches, les talus, les chantiers … Famille des Borraginaceae.

Voici un autre genre de la famille des Rubiceae (famille du gaillet), Asperula. Les deux genres sont très proches et apparemment les botanistes ne sont pas tous d’accord sur la répartition des espèces entre les deux! Il faut dire que ni l’allure générale: plante couchée, buissonnante, aux tiges grêles, ni les détails tels que les feuilles verticillées ou les nombreuses petites fleurs à 4 pétales ne permettent de faire la différence. Ici j’ai identifié Asperula cynanchica, l’herbe à l’esquinancie. L’esquinancie est le nom ancien de l’amygdalite purulente. Aujourd’hui, dans ce cas j’irais plutôt sur les antibiotiques…

Reseda luteola, Resedaceae, le réséda des teinturiers, arbore de nombreuses petits fleurs d’un jaune pâle qui s’échelonnent en un très long épi. Il est très facile à reconnaître dès qu’on l’a vu une fois. Cette plante était cultivée autrefois pour sa teinture jaune.

Voici une autre Apiaceae, Silaum silaus, le cumin des prés. On notera la forme des feuilles: elles sont en fait très grandes, mais aussi très découpées si bien qu’on a l’impression d’être en présence de plusieurs feuilles mais techniquement ce n’est pas le cas. Il n’y avait pas encore de fruits malheureusement.

Sambucus ebulus, Adoxaceae, le sureau yèble, n’est pas une plante très sympathique. Elle dégage une odeur très désagréable, et est assez envahissante. Une fois qu’elle a investi un endroit elle tend à le coloniser complètement. Elle aime les sols argileux.

Rubia peregrina, la garance voyageuse, a donné son nom à la famille des Rubiaceae et ma revue botanique préférée! On reconnaît immédiatement la famille à la tige angulaire, et aux feuilles verticillées. Ici, tige et feuilles sont pourvues de minuscules aiguillons très accrocheurs. En ce qui concerne la revue, elle s’adresse avec beaucoup de pédagogie et aussi de poésie aux botanistes amateurs comme moi, qui veulent mieux comprendre la science botanique, mais aussi avoir des aperçus sur les aspects historiques, ethnologiques, etc. Je suis très contente d’avoir enfin dans ma collection la plante emblème de ma revue, même s’il n’y avait plus de fleurs en juillet!

La phalangère rameuse, Anthericum ramosus, Asparagaceae, est une plante fine et élégante aux délicates fleurs blanches… Pas très scientifique comme description mais bon.

Campanula rotundifolia, la campanule à feuilles rondes, Campanulaceae n’a a priori pas les feuilles rondes du tout! En fait ce sont les feuilles de la base qui sont arrondies en cœur, les feuilles de la tige (dites « caulinaires ») sont étroites au point que leurs bords sont parallèles (« linéaires »). Pour achever de piéger l’amateur, les feuilles basales ont souvent disparu au moment de la floraison. Ajouter à cela que de base, les campanules sont un genre assez complexe, … Ici les fleurs sont penchées et les lobes du calice égalent le tiers de la corolle… Bref. On va pas chipoter, c’est joli les campanules et on comprend tout de suite pourquoi on les appelle comme ça (campanule = petite cloche).

Pimpinella saxifraga, le petit boucage, famille des Apiaceae encore! Pour une fois le nom latin est plus mignon que le nom commun. Les feuilles sont pennatiséquées c’est-à-dire découpées complètement en lobes, mais une seule fois.

La famille des Apiaceae comprend de nombreuses plantes comestibles: la plus emblématique est sans nul doute … la carotte, Daucus carotta. A noter que la famille comprend aussi des dangers comme la cigüe qui a empoisonné Socrate, ou plus récemment l’oenanthe safranée qui a coûté la vie à un participant à un stage de survie… Vaste et diverse famille, dont les espèces ont la fâcheuse habitude de se ressembler beaucoup entre elles.

J’aime beaucoup la sauge des prés, Salvia pratensis avec ses fleurs à la longue lèvre supérieure recourbée en bec d’oiseau. C’est aussi une plante officinale et aromatique comme beaucoup de Lamiaceae, dont aucune n’est empoisonnée à ma connaissance!

Salvia pratensis

Et voici notre dernier exemplaire du jour, juste avant de rentrer, le cirse acaule, Cirsium acaule, Asteraceae. « Acaule » signifie « sans tige », on comprend pourquoi.

Un avis sur « Campagne en Périgord 25 Juillet 2020 »

  1. Chic ! Nous voilà repartis en été. Sans doute est-ce pour cela que j’ai eu le nez en l’air pour regarder un très bel arc-en-ciel digne des orages de juillet-août. Seule différence : la petite averse de neige fondue…

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