En stage au jardin du Lautaret, j’ai profité de mes jours de congé pour herboriser dans le Briançonnais. Au grand amusement de mes camarades stagiaires: pourquoi, alors qu’on passe toutes ses journées dans un jardin botanique, consacrer ses jours de congé à encore plus de botanique? Parce que quand on aime on ne compte pas, voilà!
Pour cette première escapade me voilà donc partie, en compagnie de trois autres nanas, à l’assaut du grand Aréa, montagne calcaire au nom étonnant, qui culmine à 2869m. Autant l’avouer, je ne suis pas allée jusqu’au sommet… Effet de l’âge, ou du Covid? Quoi qu’il en soit, avec l’aide bienvenue d’une de mes compagnes, qui s’est chargée de mon sac (et donc de la flore et de l’appareil photo), j’ai au moins pu atteindre l’étage alpin, qui comme chacun sait commence vers 2400 m dans les Alpes.





Pendant que mes amies aux pieds légers de jeunes chamois cavalaient dans la montagne, je me suis régalée le nez dans les fleurs. Voici donc la moisson du jour, en commençant par l’étage le plus haut, puis en redescendant jusqu’au point de départ, avec au passage quelques incursions dans la faune. On est sur un substrat calcaire, et pour l’altitude, entre 2700 (au début) et 2200 mètres.
Pour commencer j’ai été séduite par ce charmant mélange de Céraiste à larges feuilles, Cerastium latifolium, Caryophyllaceae, et de Linaire des Alpes, Linaria alpina, Plantaginaceae.

Voici la linaire des Alpes plus en détail. Elle est facilement reconnaissable à sa colore bicolore. C’est une des rares plantes alpines annuelles: elle se dépêche de germer, fleurir et fructifier pendant la courte belle saison. La plupart de ses compagnes, plus prudentes, passent l’hiver sous forme d’une rosette de feuilles tapies sous la neige, prêtes à bondir dès que les beaux jours reviennent.

Valeriana saliunca, la Valériane à feuilles de saule ou Valériane des débris, est une plante des rocailles de haute montagne comme son nom l’indique. En France on la trouve uniquement dans les montagnes de Savoie et du Dauphiné. Ses habitudes ne sont donc pas du tout les mêmes que celles de sa grande cousine la Valériane officinale, qui aime les lieux humides. Famille des Caprifoliceae.


Encore une plante des rochers, la Saxifrage, du latin Saxum, rocher et frangere, casser. Ici Saxifraga exarata, la Saxifrage sillonnée, ainsi nommée parce que les nervures des feuilles forment des sillons bien visibles à la surface. Bon ici sur la photo ce n’est pas vraiment flagrant. Du coup ce pourrait aussi être Saxifraga moschata, rencontrée plus loin. Famille des Saxifragaceae.

Très joli, Androsace vitaliana, l’Androsace de Vitaliano, Primulaceae. On la trouve sur les pelouses et rocailles calcaires d’altitude.


L’anémone des Alpes ou pulsatille alpine est une Renonculacée bien typique des montagnes. Le genre Anémone se caractérise par un involucre de 3 feuilles placées au même niveau sur la tige.


Encore une version montagnarde d’un genre bien répandu en plaine, la Benoîte des montagnes, Geum montanum, Rosaceae. Un joli coléoptère s’y promène, il s’agit sauf erreur car je débute en insectes, d’Omophlus lepturoides, famille des Tenebrionidae. A noter que l’espèce est censée être très difficile à identifier, alors j’en appelle à l’indulgence des entomologistes qui me lisent!





Gentiana verna subsp. verna, la Gentiane printanière, Gentianaceae, d’un bleu intense comme beaucoup de gentianes. Ces couleurs intenses qu’arborent beaucoup de fleurs d’altitude sont une protection contre les rayons UV. On note la présence de « lobules » insérés entre les lobes de la corolle, le calice égalant la moitié du tube de la corolle ou plus, aux lobes plus courts que la moitié du tube (c’est précis n’est-ce pas?) qui permettent d’aller à Gentiana verna.


L’Armérie des Alpes arbore des inflorescences roses, sèches et comme parcheminées. Il s’agit de capitules, mais la plante n’est pas pour autant une Asteracée. En effet, comme on le voit sur la photo, les anthères sont libres, au lieu d’être soudées comme c’est le cas pour toutes les Astéracées. Armeria alpina a une cousine qui vit sur le littoral, Armeria maritima. Les deux se ressemblent énormément car adaptées finalement à des conditions similaires: vent, sécheresse… Armeria alpina, Plumbaginaceae.



J’ai failli caler sur cette Renoncule mais finalement, avec ses feuilles étroites et les pédicelles des fleurs un peu velus, je penche pour Ranunculus kuepferi, la Renoncule de Küpfer. Ranunculaceae bien sûr.



Voici le charmant Myosotis alpestris, myosotis alpestre, Borraginaceae.

En général quand une plante a des feuilles « en cœur », on parle de la base du limbe, qui présente une forme convexe de part et d’autre du pétiole. Rien de tel chez la Globulaire à feuilles en cœur dont le limbe est au contraire longuement atténué en pétiole. La forme « en cœur » fait plutôt référence au somment des feuilles souvent échancré. Encore une inflorescence en capitule qui n’est pourtant pas une Astéracée… Elle forme des tapis semé de boules de fleurs mauve, c’est ravissant. Globularia cordifolia, Plantaginaceae.



J’adore les pédiculaires avec leurs grappes de fleurs un peu folles. Celle-ci, avec son capitule à poils laineux, est la pédiculaire d’Allioni, Pedicularis rosea subsp. allionii, Orobanchaceae. C’est une plante semi-parasite comme la plupart des Orobanchaceae.
Le joli papillon pourrait être Lycaena phlaeas, Lycaenidae, le cuivré commun.



Arenaria multicaulis, la sabline à plusieurs tiges, Caryophyllacées. Les rejets stériles d’un vert plus clair, à droite de la photo, ne font pas partie de la plante ce qui m’a longtemps induite en erreur.



Viola calcarata subsp. calcarata, Violaceae, la pensée des Alpes, a des feuilles en rosette à la base, une corolle d’un beau mauve striée à la gorge. Cette famille est un des rares cas où le langage vernaculaire, qui distingue pensées et violettes se montre plus précis que le langage scientifique.
La belle araignée qui gambade dans les rochers pourrait être Thanatus formicinus, Philodromidae.





Voici une plante emblématique des pelouses alpines calcaires, le silène acaule, Silene acaulis, Caryophyllaceae.


Cette toute petite et délicate véronique s’appelle Veronica aphylla, Plantaginaceae, la véronique sans feuilles. Elle a pourtant des feuilles mais celles-ci forment une rosette basale. La « tige » ne porte en effet pas de feuilles, mais c’est normal, puisque c’est… un pédoncule! (C’est pas grave c’est un truc de botanistes…)

Voici le deuxième saxifrage du jour, que j’ai identifié pour Saxifraga moschata, Saxifragaceae. C’est un peu histoire d’avoir deux saxifrages différentes dans la même journée.




Cette jolie Brassicacée est Alyssum alpestre, l’alysson alpestre. Ses feuilles sont couvertes de poils étoilés qui leur donnent une teinte blanchâtre. Les fleurs sont d’un beau jaune d’or.




Il existe plusieurs espèces de saules d’altitude. Pour s’adapter aux rudes conditions alpines, ils adoptent un port couché, rampant et ne s’élèvent jamais bien haut. Pourtant ce sont bien des « arbres » puisqu’ils sont ligneux. Ici Salix retusa, Salicaceae, le saule à feuilles rétuses. Admirez le dessin des minuscules branches, collées au rocher: on dirait un « vrai » arbre, mais à plat!



Un peu plus bas, voici la deuxième pédiculaire du jour, Pedicularis rostratospicata, Orobanchaceae, la pédiculaire à bec en épis (!). Belle plante qui rappelle une orchidée mais est une Orobanchacée, famille de plantes hémiparasites.



Quand deux plantes en coussin décident de s’entraider pour affronter les frimas, à la belle saison le résultat est magnifique! Dryas octopetala, Rosaceae, et Globularia cordifolia, Plantaginaceae.

Inula montana, Asteraceae, l’inule des montagnes, atteint jusqu’à 40 cm de haut et arbore de grands capitules d’un jaune vif.




Au pied de l’inule, on voit les petits épis du plantain des Alpes, Plantago alpina, Plantaginaceae.


Plus loin, Oxytropis campestris, Fabaceae, l’oxytropis champêtre est une plante des pelouses rocailleuses sèches, ce que n’indique pas tellement son nom.



Cette magnifique campanule alpestre, Campanula alpestris, Campanulaceae, héberge un couple de charançons très affairés… C’est une plante d’éboulis qui émet des stolons lui permettant de se déplacer dans le substrat toujours en mouvement.


J’ai un faible pour les linaires aux fleurs délicatement ouvragées. Ici Linaria supina, la linaire couchée, Plantaginaceae.



La Globulaire à feuilles en coeur apprécie décidemment de faire équipe, la voici maintenant avec une petite Fabacée jaune, vraisemblablement Hippocrepis comosa.

Cette jolie Fabacée buissonnante, que j’ai prise pour une astragale, est Anthyllis montana, l’anthyllide des montagnes.



Non de loin de là, Astragalus danicus, l’astragale du Danemark, lui ressemble beaucoup avec des épis moins denses, et un étendard plus large.



Revenue à notre point de départ, je vagabonde autour du ruisseau et trouve Chaerophyllum hirsutum, Apiaceae, le cerfeuil hérissé. C’est une robuste plante des megaphorbiaies, appréciant les bords de cours d’eau.




En attendant mes camarades de randonnée, qui s’octroient une petite virée supplémentaire en direction d’un lac censément pas loin (elles vont rentrer bien fatiguées quand même), je suis témoin d’un drame de la vie sauvage. Un couple de traquets motteux (Oenanthe oenanthe, Muscipadae), zigzague à quelques mètres au-dessus du sol, effectuant des plongés en piqué et piaillant frénétiquement. Au bout d’un moment je comprends la cause de cette agitation: c’est une hermine! (Mustela erminea, Mustelidae) . Très occupé par le conflit en cours, tout ce petit monde ne prête absolument pas attention à moi ce qui me permet de faire plusieurs photos.






Et voilà, une belle journée en montagne!
Hum ! Comme tout cela sent bon les souvenirs de vacances ! 😊
Même si c’était boulot pour toi.
Je crois que je n’ai jamais vu d’hermine en vrai !
Merci, Françoise.
J’aimeAimé par 1 personne
J’aime bien ce blog .
J’aimeJ’aime
Merci pour vos encouragements!
J’aimeJ’aime
Belges nous sommes… nous adorons la montagne où nous essayons de nous y rendre le plus souvent possible ! Merci pour ce blog inspirant pour des herborisations et randos futures ! De tels comptes rendus demandent beaucoup de travail. Bravo ! J’ai composé une première « randoscopie » (voir le lien ci-après) mais cela m’a pris tellement de temps que je n’ai pas récidiver pour l’instant !
J’aimeJ’aime
Merci pour votre magnifique vidéo qui m’a fait voyager. Un grand bravo!
J’aimeJ’aime
Marrant cet Astragalus qui ressemble vachement à Anthyllis montana 😉
J’aimeJ’aime
Ah mais bien sûr!
Chouette, il y a quelqu’un qui suit. Je corrige!
J’aimeJ’aime