Voici le premier compte-rendu des vacances 2021 dans les Hautes-Alpes, au pied du mont Pelvoux. La flore y subit les influences croisées de l’altitude et de la latitude. Concrètement cela donne une flore essentiellement montagnarde, avec une touche de flore méditerranéenne avec par exemple la présence de la lavande. La saison n’étant pas encore trop avancée, j’ai pu m’en donner à cœur joie et prendre des centaines de photos.
Pour cette première ballade, je suis partie du hameau du Fangeas altitude 1200 m, commune de Vallouise-Pelvoux. J’ai d’abord traversé le Gyr et longé la rive droite du torrent, puis je suis montée le long du versant, à travers la forêt, jusqu’à Puy Aillaud à 1600 m d’altitude. De là, je suis redescendue en direction du village de Vallouise, toujours dans une zone essentiellement arborée, sauf en bord de route. A Vallouise j’ai traversé de nouveau le Gyr pour remonter en direction du Fangeas par la rive gauche du torrent.



La ballade traverse des milieux variés de moyenne montagne: terrain ensoleillé, sec et rocailleux sur les rives du torrent, forêt ombragée et plus humide, prairies… C’est pourquoi je vais présenter les espèces rencontrées dans l’ordre chronologique dans lequel elles ont été découvertes.

La ballade commence par un chemin forestier bordé d’un talus ensoleillé qui longe le torrent.
Anchusa officinalis, buglosse officinale, Borraginaceae. Pour le genre Anchusa: corolle munie de 5 écailles convergentes, à tube allongé et droit, comportant une partie plane bien développée, plantes hérissée de poils raides, calice à 5 divisions. Buglosse signifie « langue de boeuf », allez savoir pourquoi?
Campanula rapunculoides, campanule fausse raiponce Campanulaceae. Elle se distingue des autres campanules par les fleurs toutes tournées d’un même côté – pas flagrant sur le spécimen – et les dents du calice rabattues ce qui est clairement visible.
Ononis spinosa, Bugrane épineuse, Fabaceae. Un classique des prairies sèches et ensoleillées.
Carduus nigrescens, chardon noircissant, Asteraceae. Pour distinguer les genres Carduus et Cirsium: Cirsium a les poils de l’aigrette plumeux, pas Carduus. Celui-ci est une plante robuste, épineuse partout, avec des tiges et des feuilles aranéeuses. les bractées du capitule sont arquées.
Ononis natrix, coqsigrue, Facaceae.
Pour le genre Ononis: feuilles trifoliolées, à folioles dentées, stipules soudées au pétiole par leur base; étamines monadelphes; calice à 5 dents égales et profondément divisées.
Pour Ononis natrix: fleurs grandes, jaunes veinées de pourpre; plante rameuse et visqueuse.




Trigonella alba, mélilot blanc, Fabaceae. Grande plante aux nombreuses petites fleurs blanches, courante sur les bords des chemins.



Lactuca perennis, laitue vivace, Asteraceae. La fleur ou plutôt l’inflorescence ressemble étonnamment à celle de Cichorium intybus, la chicorée sauvage. J’ai lu sur un site que le port et la forme des feuilles permettent de les distinguer. C’est encore plus simple, à mon avis, si l’on dispose des fruits: l’akène de Lactuca perennis est d’un beau noir luisant et surmonté d’un long bec qui supporte l’aigrette. Celui de Cichorium intybus est simplement surmonté d’une couronne d’écailles.




Le chemin se fait plus étroit pour commencer à escalader la montagne, le terrain devient plus sec et caillouteux.
Teucrium montanum, la germandrée des montagnes, Lamiaceae. Pour le genre Teucrium, c’est assez facile: les fleurs sont très caractéristiques, avec l’absence de lèvre supérieure. Le seul autre genre, dans les Lamiaceae, à avoir adopté cette curieuse conformation, est Ajuga.


Pour continuer dans le même genre, voici Teucrium chamaedrys, la germandrée petit chêne. On retrouve bien la forme de la fleur, mais en rose, et le port de la plante est différent.



Celui-ci m’a donné du fil à retordre, pourtant une fois qu’on a trouvé, cela semble bien évident. Moment « bon sang mais c’est bien sûr » de la botanique… Les fleurs sont étonnantes, avec leurs pétales filiformes et leurs longues étamines, si bien que l’on ne sait plus très bien ce qu’on voit. Il s’agit pourtant d’une représentante un peu spéciale d’un genre ultra répandu, Silene, d’une famille bien commune, les Caryophyllaceae. Silene otites, le silène cure-oreilles.




Campanula rotundifolia, comme son nom l’indique, est censée avoir des feuilles rondes sauf qu’il s’agit des feuilles de la base, et qu’elles sont généralement détruites lorsque la plante fleurit. Cela veut dire que pour arriver à l’espèce, on doit faire une « impasse » dans les clés de détermination: « feuilles radicales ovales ou suborbiculées »? On ne sait pas: on suit quand même, et on voit où ça nous mène… En l’occurrence, avec les feuilles caulinaires étroites, le calice à lobes linéaires, les tiges grêles et presque nues au sommet, la corolle largement campanulée et penchée, on est bien sur rotundifolia. Ou pas… Etant donné le caractère encore confidentiel de ce blog il n’y aura pas tellement de contestation avant un moment…





Laserpitium gallicum, laser de France, Apiaceae. Que voilà une belle plante. Les feuilles sont très grandes, avec un pourtour triangulaire, 4-5 fois pennatiséquées. Les ombelles sont grandes également, les fruits à huit ailes plus ou moins ondulées.






La Centranthe est aussi une belle plante avec de nombreuses petites fleurs roses munies d’un éperon. Centranthus angustifolius, Caprifoliaceae. Cette plante était auparavant dans la famille des Valérianaceae, qui a été fusionnée, dans la nouvelle nomenclature, en même temps que les Dipsacaceae, avec les Caprifoliceae.
Du coup, la question que je me pose, c’est comment arrive-t-on aux Caprifoliaceae, comme ça, au coup d’oeil? La même question se pose pour les Plantaginaceae mais on en parlera une autre fois.
Si je remonte les clés de Flora Gallica en partant de Caprifoliaceae voilà ce que ça donne:
- Inflorescence en capitule involucré (Ex Dipsaceae) ou non
- Style développé
- 4 étamines au plus libres, dans des fleurs hermaphrodites
- Ovaire infère
- Fleurs colorées à 2 enveloppes, (le calice parfois net seulement sur le fruit, en pappus), 4 ou 5 mères, gamopétales, zygomorphes ou sub actinomorphes
- Plante ligneuse basse ou herbacée, non grimpante, à feuilles composées ou disséquées ou plante grimpante à feuilles opposées ou verticillées
- Etamines à déhiscence non valvicide – accroche toi Jeannot … Bon en fait, pas de panique, il n’y a que 2 familles présentant des étamines à déhiscence valvicide.
Pour revenir à notre Centranthe, outre qu’elle porte un nom plutôt rigolo, ses fleurs d’un beau rose sont très jolies à regarder de près avec leur délicat éperon.





Le genre Centaurea est assez facile à reconnaître quand on a un peu l’habitude, à cause des écailles sur les bractées de l’involucre. Centaurea scabiosa subsp. scabiosa, la centaurée scabieuse, Asteraceae.




Cette potentille m’embête! Elle n’est pas assez velue pour « hirta », les folioles ne sont pas découpées sur tout le pourtour donc ce n’est pas « recta » non plus. Sur le groupe FB « Botanique et Flore de France » on me suggère « argentea » mais je n’ai pas pensé à photographier l’envers des feuilles. Je craque. Potentilla sp. , Rosaceae.




Linum tenuifolium le lin à feuilles fines, Linaceae, arbore des fleurs veinées de pourpre et des feuilles étroites.



Tanacetum corymbosum est à ajouter à la liste des Asteraceae à fleurs centrales jaunes et radiales blanches. Curieusement je ne connaissais que Tanacetum officinarum, la tanaisie officinale, qui n’a que des fleurs jaunes.




L’orchis bouc, se signale par son labelle extraordinairement long et son odeur spécialement nauséabonde… Himantoglossum hircinum, Orchidaceae.

Sempervivum tectorum, Crassulaceae, la joubarbe des toits est une plante grasse caractéristique des pelouses rocailleuses. Ses pétales sont généralement roses avec une bande plus foncée au milieu, l’inflorescence est corymbiforme, les feuilles des rosettes basales assez larges > 8mm.



Encore une belle plante de rocaille, Buphthalmum salicifolium, le buphtalme (avec 2 « h » en latin et un seul en français) à feuille de saule, Asteraceae.



C’est là que l’on voit qu’on est à la frontière de la zone méditerranéenne, avec Lavandula angustifolia, la lavande aux innombrables vertus médicinales. A l’état sauvage, c’est en fait une plante de l’étage montagnard. Cultivée, Lavandula angustifolia correspond à la « lavande fine », qui fait la spécificité de la production française. Famille des Lamiaceae.


Scutellaria alpina, la scutellaire des Alpes, Lamiaceae aux fleurs étonnantes offre un spectacle ravissant quand elle croît en colonies qui tapissent le bord des chemins.


Dans la famille Crassulaceae, pour le genre Sedum, je demande Sedum album, Sedum sexangulare et Sedum dasyphyllum!
Sedum album, l’orpin blanc, présente de nombreuses fleurs blanches groupées en panicules. La tige et les feuilles présentent souvent une coloration rougeâtre.





Sedum dasyphyllum, l’orpin à feuilles épaisses, a comme son nom l’indique des feuilles très épaisses, souvent opposées.




Enfin Sedum sexangulare, l’orpin doux, se distingue par des fleurs jaunes et des feuilles cylindriques, beaucoup plus fines que celles des espèces précédentes. Elles sont desséchées sur les rameaux fleuris mais on les distingue encore sur les rameaux stériles.



Cette Epipactis atrorubens, épipactis rouge sombre, Orchidaceae, a poussé en plein milieu d’un éboulis! Elle se distingue de sa cousine helléborine par une pilosité plus importantes, une couleur rouge sombre, des bourrelets sur le labelle et des feuilles plus allongées. Et aussi, elle n’a pas peur du soleil!





Teucrium botrys, la germandrée botryde, Lamiaceae, est facile à reconnaître avec ses feuilles divisées en lanières et son calice très bossu.




La gracile laitue des murailles, Lactuca muralis, Asteraceae n’est pas très facile à photographier. Ses capitules se comportent 5 fleurs ligulées, pas plus, pas moins.


On quitte l’éboulis ensoleillé pour traverser un sous-bois.
Hieracium prenanthoides, l’épervière fausse prénanthe, Asteraceae, est reconnaissable à ses feuilles embrassantes et élargies au milieu.
C’est l’occasion de potasser nos Asteraceae liguliflores jaunes. Pour le genre Hieracium (épervière):
- Fruits munis d’une aigrette de soies non plumeuses, non supportée par un bec, nettement tronqués au sommet
- Réceptacle nu
Bref il vaut mieux avoir les fruits.






Cet Epipactis m’embête. En sous-bois, pas loin d’Epipactis atrorubens, ce pourrait être la même espèce, car elle est censée s’accommoder aussi bien des sous-bois que des milieux plus secs et ensoleillés. D’un autre côté, les feuilles font plutôt penser à Epipactis helleborine. D’un encore autre côté, les fleurs sont bien rouges… Oui mais on ne voit pas bien le labelle sur la photo… Bref je ne me mouille pas Epipactis sp., Orchidaceae.


Allium sphaerocephalon, Amaryllidaceae, l’ail à tête ronde, a des fleurs rose vif groupées en tête serrée et des feuilles demi-cylindriques.


Epilobium dodonaei subsp. fleischeri, l’épilobe des moraines, Onagraceae. Se distingue de son proche parent l’épilobe à feuilles de romarin par ses feuilles légèrement dentées et une moins grande taille. Comme son nom l’indique il se développe au milieu des cailloux… Tous les goûts sont dans la nature. J’aime beaucoup les fleurs bicolores des épilobes…


Digitalis lutea, la digitale jaune, Plantaginaceae, pousse au bord des chemins ou à la lisière des forêts. C’est une plante toxique dont on extrait la digitaline, utilisée pour le traitement des insuffisances cardiaques.


Cephalanthera rubra, Orchidaceae, la cephalanthère rouge, a des petits airs de fleur carnivore…

Anthyllis vulneraria, l’anthyllide alpestre, Fabaceae, affectionne les coteaux et les pelouses sèches. Elle est facile à reconnaître avec son calice renflé et tout velu cotonneux.



Les feuilles d’Alchemilla alpigena, l’alchemille à feuilles en forme de main ont 7 lobes plus ou moins soudés à la base, d’un beau vert au-dessus, très velues luisantes en dessous. Famille des Rosaceae.



Un grand classique des sous-bois, Melampyrum sylvaticum, la mélampyre des forêts, famille des Orobanchaceae. Elle faisait partie des Scrofulariaceae, famille qui a volé en éclats avec la nouvelle classification, et comme c’est une plante semi-parasite, elle s’est retrouvée avec les Orobanches.


Premier lys martagon de la saison, un peu défraîchi! Heureusement il y en aura d’autres… Lilium martagon, Liliaceae.

Nous quittons le sous-bois pour émerger dans les prés, au village de Puy Aillaud. Ballota nigra subsp. foetida, la ballote fétide, Lamiaceae, dégage une odeur puissante et désagréable au froissement. C’est nonobstant une belle plante, robuste, avec des feuilles fortement nervurées et un calice en coupe.



Xeranthemum inapertum, le xéranthème fermé, Asteraceae, se reconnait à ses bractées scarieuses et à son capitule qui ne s’ouvre qu’à moitié. C’est une plante des pelouses sèches, équipée pour résister au soleil.



Un beau « chardon », Onopordum acanthium, Asteraceae, l’onopordon à feuilles d’acanthe. Il est très robuste, pourvu d’une tige ailée hérissée d’épines, et de gros capitules également bien bardés de piquants.
Pour le genre Onopordon:
Dans la flore de Coste
- achaines à aigrette caduque à soies réunies à la base en anneau
- étamines à filets entièrement libres
- réceptacle dépourvue de soies, profondément alvéolé
Moralité: s’armer de gants pour décortiquer les capitules et accéder au réceptacle et aux achaines!




Encore une plante des lieux secs et ensoleillés, la tunique prolifère, Petrorhagia prolifera, famille des Caryophyllaceae. L’inflorescence rappelle celle de l’oeillet.




Delphinium consolida, le pied d’alouette, Ranunculaceae, est facile à reconnaître avec son long éperon.



La route qui redescend de Puy Aillaud sur Vallouise traverse des sous-bois.
C’est ainsi que l’on peu admirer Astrantia major, la grande astrance, aux fines fleurs rayonnantes. Famille des Apiaceae. L’inflorescence est en fait une ombelle, formée d’un grand nombre de petites fleurs.

Achillea millefolium, blanche en plaine, arbore une toilette d’un rose charmant en montagne. Famille des Asteraceae.

Les orobanches c’est pas facile! Là j’ai opté pour Orobanche minor, Orobanchaceae. J’ai même pris des photos détail des fleurs, car par expérience je sais que les clés d’identification exigent de savoir à quelle hauteur sont implantées les étamines dans le tube de la corolle…



Oh!, un bleuet qui a échappé aux herbicides… Centaurea cyanus, Asteraceae, un peu passé malheureusement.


Le genre Ajuga est l’autre genre, chez les Lamiaceae, à avoir des fleurs à une seule lèvre. Celle-ci a un aspect peu commun, avec ses nombreuses feuilles aux lobes étroits et des petites fleurs jaunes. Ajuga chamaepitys, la bugle petit pin, Lamiaceae.





Nepeta nepetella, Lamiaceae, ne manque pas d’élégance avec ses feuilles régulièrement dentées bien alignées, son calice cendré et sa corolle savamment dentelée.
Pour le genre Nepeta:
- corolle à 2 lèvres bien distinctes
- 4 étamines à filets rapprochés et parallèles, mais bien visibles
- calice non bilabié, à 5 dents égales, ayant 3 nervures saillantes par dent
- tiges toutes dressées



La linaire striée, Linaria repens, Plantaginaceae, passe inaperçue avec ses tiges et ses feuilles toutes fines et ses couleurs discrètes. Elle se contente des sols rocheux ou secs.



Je ne sais pas pourquoi j’aime bien les astragales. Celle-ci, Astragalus cicer, l’astragale pois chiche, possède des feuilles aux nombreuses folioles, et des gousses velues et renflées. Famille des Fabaceae.




Encore un silene qui ne paie pas de mine, Silene nutans, le silence penché, Caryophyllaceae. Son calice n’est pas renflé à la base, mais tronqué, et couvert d’une pilosité glanduleuse.





Epilobium angustifolium, l’épilobe à feuilles étroites, Onagraceae, est très commune en montagne où elle se développe en colonies spectaculaires, d’un rose intense.



Et voilà, fin de la ballade! Ouf ça fait quand même beaucoup de plantes.













