Au Lavandou, dès qu’on tourne le dos à la mer, la route commence à monter. Il faut monter, monter, à chaque tournant prendre la rue qui monte le plus… Et l’on finit par arriver à une petite route de montagne qui, en continuant de monter, nous mène à la route des crêtes au dessus de Bormes. La vue est somptueuse. Au mois de mai, c’est le paradis de la botaniste. Le paradis ou l’enfer? A chaque arrêt pour observer une plante, l’œil est attiré par dix autres merveilles dans un rayon de trois mètres… De quoi y passer des heures, que dis-je, des jours!

Bienvenue dans le domaine de Maurin des Maures, bandit au grand cœur et au pied léger.

Avec quarante-sept espèces identifiées, on peut dire que c’était la fête. Je vais les présenter par ordre alphabétique de famille, cela permettra d’être plus pédagogique.
AMARYLLIDACEAE
Allium roseum, l’ail rosé. Il existe de nombreuses espèces d’ail sauvages. Celle-ci se distingue par sa belle ombelle de fleurs roses
ASPHODELIACEAE
Dans la mythologie les asphodèles ornent le royaume des morts… Asphodelus ramosus, l’asphodèle ramifié ou asphodèle à petits fruits se distingue de l’asphodèle blanc par des tiges plus rameuses et … des fruits plus petits. Plus généralement, c’est une monocotylédone assez grande, avec des épis de nombreuses fleurs blanches dont chaque pétale est marqué d’une ligne brun orangé.
ASPLENIACEAE
La doradille noire ou capillaire noire, Asplenium adiantum-nigrum est une petite fougère aux feuilles luisantes qui croît à l’ombre des rochers.
ASTERACEAE
Une marguerite? Oh que non. Les Asteraceae à fleurs tubulaires jaunes au centre, et en languette blanches sur le pourtour sont nombreuses et variées. Le genre Anthemis en fait partie, mais il y en a bien d’autres. Anthemis cretica subsp. gerardiana, l’anthemis de Gérard, est une variété typiquement provençale.
Galactites tomentosus, le chardon laiteux, est omniprésent dans le coin. En pleine floraison, il est plutôt élégant. Ensuite il jaunit, sèche, et devient quelque peu pathétique. Gare aux épines toutefois. Celles-ci sont entremêlées de longs poils blancs filamenteux en particulier au niveau de l’involucre.
Helichrysum stoechas, l’immortelle commune, présente de nombreux petits capitules de fleurs jaunes. C’est une plante médicinale aux nombreuses vertus dont on extrait une huile essentielle.
L’Urosperme de Dalechamps, Urospermum dalechampi est une belle plante robuste dont les larges capitules jaunes pâles aux fleurons finement ourlés de noir se dressent au dessus d’une rosette de feuilles très découpées.
BORAGINACEAE
Voici la plante éponyme de la famille, la bourrache officinale, Borago officinalis. Il est facile de la reconnaître quand on l’a rencontrée une fois, tant ses fleurs bleues et ses feuilles gaufrées sont particulières.
Echium creticum, la vipérine de Crête, présente de belles fleurs d’un rouge intense.
BRASSICACEAE
Contrairement à la plupart des espèces mentionnées dans cet article, le radis ravenelle ou radis sauvage, Raphanus raphanistrum, n’est pas vraiment emblématique des milieux méditerranéens. C’est une une grande plante, très rameuse, avec des fleurs d’un jaune pâle veiné de violet. C’est une plante comestible.
Quand on voit les fruits de Biscutella cichoriifolia, on comprend tout de suite pourquoi son nom vernaculaire est la « lunetière ». En plus des fruits caractéristiques (des silicules) , on notera les sépales extérieurs prolongés en éperon.
L’alysson maritime, Lobularia maritima, se trouve un peu partout et pas seulement sur le littoral, car il est souvent cultivé pour ses fleurs.
CAPRIFOLIACEAE
Centranthe chausse-trape, en voilà un nom rigolo! Centranthus calcitrapae rapelle la valériane par ses nombreuses petites fleurs roses et ses feuilles découpées. Elle aime les terrains secs et les rocailles.
CARYOPHYLLACEAE
Le silène de France, Silene gallica passe facilement inaperçu par sa petite taille mais mérite pourtant l’intérêt pour ses pétales d’un beau rose souvent ourlés de blanc.
CISTACEAE
Avec les cistes nous sommes pleinement dans la végétation emblématique de la garrigue. Cistu albidus, le ciste cotonneux, est un arbrisseau reconnaissable à ses grandes fleurs roses et ses feuilles blanchâtres.
Cistus monspeliensis, le ciste de Montpellier, a des fleurs plus petites, blanches, et ses rameaux visqueux.
Dans la même famille, Tuberaria guttata, l’Hélianthème taché, est une plante herbacée d’aspect grêle, mais ornée de spectaculaires fleurs jaunes dont chaque pétale porte une tache d’un pourpre noir.
CONVOLVULACEAE
Le genre Convolvulus, comme son nom l’indique pour les latinistes, regroupe des plantes qui s’enroulent (volvere) autour des autres.
C’est bien le cas de Convolvulus althaeoides, le liseron de Provence, qui forme ici un tapis de fleurs roses.
Convolvulus siculus, le liseron de Sicile, est beaucoup moins volubile que son cousin de Provence (« volubile » se dit d’une plante qui se développe en s’enroulant autour d’un support – rien à voir avec son débit de parole!) mais s’orne de ravissantes fleurs bleues.
ERICACEAE
La bruyère arborescente, Erica arborea est un arbrisseau pouvant atteindre d’assez grandes dimensions (jusqu’à 3 m), touffu, couvert d’une multitude de petite fleurs blanches en cloche. Ici le spécimen est en fin de floraison.
EUPHORBIACEAE
L’euphorbe des garrigues, Euphorbia Characias, est une belle plante robuste, qui croît en touffes de tiges non rameuses et très feuillées.
Une commensale des cultures, Euphorbia segetalis, l’euphorbe des moissons. Les feuilles caulinaires (sur la tiges) sont linéaires tandis que les feuilles plus proches de l’ombelle deviennent ovales rhomboïdales (terme qui se la pète un peu pour dire « en forme de losange »)
Enfin Euphorbia dendroïdes, l’Euphorbe arborescente, a pour moi des airs de plante préhistorique. Elle est magnifique et typique de la côte méditerranéenne.
FABACEAE
La famille des Fabaceae est bien représentée dans cette herborisation avec huit espèces !
La gesse pourpre, Lathyrus clymenum, se distingue par ses fleurs franchement bicolores, l’étendard pourpre et les ailes d’un rose bleuté. Elle est commune dans le Var, moins dans les autres départements du sud de la France.
Vicia disperma, la vesce à deux graines, malgré son apparence grêle, peut atteindre jusqu’à 60 cm de long en s’appuyant sur la végétation environnante. Les fleurs sont petites. Les fruits caractéristiques (à deux graines) n’étaient malheureusement pas présents.
Bituminaria bituminosa, la psoralée bitumineuse, est facilement reconnaissable à son odeur caractéristique de bitume. En même temps, si on commence à flairer toutes les fabaceae qu’on rencontre, sachant que beaucoup n’ont pas vraiment d’odeur caractéristique, on n’a pas fini. Pour la cerner un peu mieux, disons aussi aussi que c’est une plante des milieux secs du Midi, dressée, avec des feuilles à trois folioles et des fleurs bleuâtres en têtes plus ou moins globuleuses. Je la connais bien, du coup j’ai fait une seule photo.

Le cytise épineux ou calicotome épineux, Cytisus spinosus est un arbrisseau à nombreuses fleurs jaunes, avec de petites feuilles trifoliolées et surtout certains rameaux transformés en robustes épines dont la fonction est sans doute de décourager les herbivores…
Ce sont sans doute les gousses de Lotus edulis, le lotier comestible, qui le sont, mais il n’y en avait pas sur le spécimen. C’est une petite plante à fleurs jaunes, et à feuilles trifoliolées dont les stipules (petits appendices situés à la base du pétiole des feuilles) miment une paire de foliole supplémentaire.
Trop tard en saison pour admirer les fleurs bleues du lupin, Lupinus angustifolius, mais on le reconnaît quand même à son aspect grisâtre en fin de floraison, et à ses grosses gousses.

Ornithopus compressus, le pied d’oiseau comprimé, doit son nom à la ressemblance de son fruit avec une patte d’oiseau. En fait là, les fruits ne sont pas encore pleinement formés. Les feuilles ont de nombreuses petites folioles disposées par paires, les fleurs jaunes sont disposées en petites ombelles de 3-5 fleurs. Toute la plante est très velue.
Le trèfle de Cherler, Trifolium cherleri est une petite plante prostrée (qui pousse au ras du sol), à fleurs blanches en capitules velus.
GERANIACEAE
Trois erodium différents dans cette herborisation, c’est surprenant! J’espère que je ne me suis pas plantée dans mes identifications, j’ai un peu galéré…
Nous avons déjà rencontré dans ce blog Erodium cicutarium, l’érodium à feuilles de cigüe, plante qui s’accommode manifestement de tout car on la trouve partout en France. Du coup il y a une flopée de sous-espèces et autres variétés, mais cela me dépasse un peu. La photo du fruit permet de comprendre pourquoi on l’appelle « Bec de grue ».
Erodium malacoïdes, l’erodium à feuilles de mauve, est plus typique du Midi. Il se distingue du précédent par des feuilles beaucoup moins découpées, simplement trilobées ou presque entières.
Enfin Erodium moschatum, l’érodium musqué, est plus répandu en France, sur tout le pourtour littoral. Il se distingue par des feuilles profondément découpées mais à segments entiers (contrairement à l’érodium à feuilles de cigüe). Il est censé avoir une odeur de musc mais je n’ai pas pensé à vérifier sur le terrain…
LAMIACEAE
La lavande stéchade, Lavandula Stoechas, est aisément reconnaissable à son toupet de bractées mauves. Elle est omniprésente, avec les cistes, dans les collines des Maures.
L’épiaire des champs, Stachys arvensis, est une Lamiaceae très discrète, toute velue, avec une corolle rose pâle dépassant peu le calice. C’est une plante annuelle commensale des cultures, ce qui n’est pas forcément étonnant. La zone est retournée à l’état sauvage, mais la présence de murets indique qu’elle a été cultivée autrefois.
Stachys recta, l’épiaire droite, a déjà été mentionnée dans ce blog. On la trouve un peu partout dans les milieux calcaires et secs.
LINACEAE
La culture du lin, Linum usitatissimum subsp. angustifolium, remonte à la plus haute antiquité. C’est une des premières plantes à avoir été cultivée. Le lin se reconnait facilement à ses élégantes fleurs bleues.
PLANTAGINACEAE
En voilà une, quand je la croise dans la flore, je me dis bah bof, je ne la verrai jamais sur le terrain… Misopates orontium, le muflier des champs, est une herbe discrète, de 40 cm de haut tout au plus, avec de jolies fleurs roses exactement comme celles du muflier des jardins, en beaucoup plus petit.
Dans la famille des Plantaginaceae, je demande les plantains!
Plantago lanceolata le plantain lancéolé est un classique déjà mentionné dans ce blog.
Moins banal Plantago afra ou herbe aux puces, se distingue par la présences de feuilles caulinaires et des fleurs en petites têtes globuleuses.
Enfin Plantago bellardii, le plantain de Bellardi est une petite herbe très discrète, avec des feuilles en rosette comme ses cousins plantain lancéolé ou plantain majeur, mais toute hérissée de poils, et dont la hampe florale dépasse peu les feuilles.
RESEDACEAE
Reseda pyteuma le réséda raiponce présente les fleurs curieuses du réséda et ses fruits sont de grosses capsules verruqueuses.
ROSACEAE
La potentille dressée, Potentilla recta est une grande potentille très velue aux feuilles fortement dentées.
« Une grande potentille »? Et à quoi reconnaît-on une potentille? A ses fleurs bien régulières aux pétales séparés, et de nombreuses étamines, on part sur les Rosaceae. Comme les étamines sont soudées ce n’est pas une Renonculaceae (par exemple on pourrait confondre avec le bouton d’or). Ensuite avec la présence d’un calicule, et quelques autres critères, et un peu d’expérience on se dit « ça doit être une potentille »…
Aussi étonnant que cela puisse paraître, la sanguisorbe à fruits verruqueux, Poterium verrucosum est également une Rosaceae. Nous avons déjà croisé la pimprenelle, Poterium sanguisorba. Ce genre est également facilement reconnaissable quand on l’a croisé une fois (enfin 10 fois dans mon cas). Dehors des fruits, ici non encore formés, on les distingue par la forme des folioles, plus profondément divisées dans le cas de Poterim verrucosum.
RUBIACEAE
Encore une plante réputée adventice des cultures, un petit machin très discret, Sherardia arvensis, la rubéole des champs.
VIOLACEAE
Viola arvensis, la pensée des champs, n’est pas spécialement typique de la flore méditerranéenne, et n’est même pas très courante dans le Var, mais voilà, elle était là aussi!















































































































































