
Prairie fleurie en début d’été
Plongez une botaniste dans une prairie en pente, bien exposée, en tout début d’été. Que se passe-t-il? Elle y passe deux bonnes heures, en plein soleil, dévorée par les insectes, griffée par les ronces, assise sur des cailloux pointus, la flore dans une main, la fleur dans l’autre… Un pur bonheur.
Nous sommes à Tanlay dans le département de l’Yonne, un des mes terrains de chasse de prédilection. Tanlay est surtout connu pour son très joli château renaissance. Il y a également un golf sympa, un restaurant au bord du canal de Bourgogne, une boulangerie qui vend des gougères délicieuses et des îlots de nature sauvage au milieu des champs cultivés.

Tout se passe dans un périmètre rectangulaire d’une centaine de mètres de long sur 50 mètres de large, au-dessus de la route qui longe le golf de Tanlay, lui-même situé dans le parc du château. Cette prairie bien ensoleillée est toutefois bordée d’un taillis propice à des espèces qui apprécient un peu d’ombre.
Agrimonia eupatoria, ROSACEAE. L’aigremoine eupatoire est très facilement reconnaissable à ses feuilles découpées en folioles de tailles inégales et à son inflorescence en long épi de fleurs jaune pâle. Le calice est pourvu sous les sépales d’un « hypanthium » (élargissement plus ou moins en coupe) qui grossit et se couvre de crochets à la fructification. Lesdits crochets se prennent dans les poils des animaux ou les vêtements des humains, assurant ainsi la dissémination de la plante suivant un procédé très répandu (zoochorie).
Bupleurum falcatum, APIACEAE. Le buplèvre en faux est une apiacée (ou ombellifère dans la nomenclature traditionnelle) relativement facile à identifier à ce que ses feuilles sont entières alors que beaucoup de plantes de cette famille ont des fleurs très découpées à l’instar du persil ou de la carotte.
Clinopodium vulgare, LAMIACEAE. Le clinopode vulgaire est une jolie lamiacée à l’agréable odeur de menthe. Les feuilles peuvent d’ailleurs être consommées en infusion comme celles de la menthe, avec les mêmes propriétés toniques.
Galium pumilum, RUBIACEAE. Le gaillet nain ou gaillet sylvestre. Le genre galium est vaste, tous ont des feuilles verticilliées et des petites fleurs à 4 pétales. Avec un peu d’habitude on arrive à les reconnaître, au-delà des critères botaniques précis, c’est beaucoup une question de silhouette générale, bref un coup d’oeil qui s’aiguise avec l’expérience (personnellement j’ai encore du boulot).
Geranium dissectum, GERANIACEAE. Le géranium disséqué est reconnaissable à ses feuilles découpées en lanières. Les fleurs sont discrètes, les pétales pas plus longs que les sépales.
Gymnadenia conopsea ORCHIDACEAE. L’orchis moucheron est parait-il appelé ainsi à cause des deux pétales latéraux étalés comme les ailes d’une mouche. Celui-ci est en fin de floraison d’où son aspect fatigué. C’est la toute fin de la saison des orchidées.
Hieracium pilosella, ASTERACEAE. L’épervière piloselle surprend par sa capacité à tapisser littéralement le terrain de ses rosettes de feuilles rases, d’où jaillit un unique capitule au sommet d’un pédoncule long de 10 à 15 cm. Une plante que les amateurs de pelouse ne peuvent que haïr. Elle peut en effet se reproduire de manière végétative en émettant des stolons, des tiges couchées qui ont la faculté de produire des racines et ainsi de nouveaux pieds.
Hippocrepis comosa, FABACEAE. Cette petite fabacée (alias légumineuse alias papilionacée) se distingue par ses fruits, des gousses articulées très esthétiques.
Knautia arvensis, DIPSACACEAE. Le knautia est une dipsacée, une famille de plantes aux fleurs groupées en capitules entourées de bractées, exactement comme les astéracées. Cela pose de gros problèmes quand on débute en botanique, car en voyant les fleurs on part directement sur les astéracées, et au final on n’arrive nulle part… Contrairement aux astéracées dont les étamines sont soudées entre elles, les étamines des dipsacées sont libres et au nombre de 4. Cela se voit distinctement… à condition d’avoir de bons yeux!
Plathantera chlorantha, ORCHIDACEAE. Encore une orchidée, (joie!), cachée à l’ombre des buissons, l’orchis des montagnes que l’on trouve un peu partout en France et pas seulement en montagne. Elle est reconnaissable à son très long éperon. Celui-ci contient du nectar tout au fond, que les papillons ou autres insectes à longue trompe sont en mesure d’atteindre, pollinisant au passage la fleur. La fleur vue de près est remarquable, on dirait un masque étrange qui nous regarde…
Coronilla varia, FABACEAE. Je connais depuis très longtemps la coronille variée, c’est une des premières fleurs que j’ai identifiées quand je débutais, elle m’avait marquée car elle est vraiment très jolie avec ses fleurs roses et blanches, c’est une fleur qui représente l’été à elle toute seule. Pendant un temps elle s’est appelée officiellement securigera varia, et voilà qu’elle est redevenue coronille, ce qui est bien plus charmant!

Senecio jacobaea, ASTERACEAE. Le séneçon jacobée ou herbe de saint jacques est une plante de belle allure avec une inflorescence en corymbe de capitules nombreux, aux fleurs toutes jaunes, les centrales tubulaires, les extérieures ligulées.
Stachys recta, LAMIACEAE. L’épiaire droite aime les lieux secs et ensoleillés. Les épiaires se reconnaissent (une fois qu’on sait arriver aux lamiacées) à leur calice aux dents épineuses et à leur corolle à deux lèvres distinctes très écartées l’une de l’autre, la lèvre supérieure n’étant pas en forme de casque comme chez les lamiers…
Thymus serpyllum, LAMIACEAE. Le thym serpolet est également une plante de terrain sec et ensoleillé, comme ma prairie où il fait décidément très chaud. Malgré son nom qui fleure bon le midi, on le trouve en fait presque partout en France. Mais froissez ses feuilles, respirez et… c’est déjà le sud!
Viburnum lantana, CAPRIFOLIACEAE. La viorne lantane est un arbuste qui produit des fleurs blanches en corymbes très denses au printemps, qui deviennent des baies rouges puis noires à maturité. Il est très décoratif mais les baies ne sont pas comestibles.
































